Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/109

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Donc il parlait, il causait et il s’ennuyait, mon solitaire. Je le tenais.

Je ne restai pas longtemps ce jour-là et je m’efforçai seulement de découvrir la couleur de sa misanthropie. Il me fit surtout l’effet d’un être fatigué des autres, las de tout, irrémédiablement désillusionné et dégoûté de lui-même comme du reste.

Je le quittai après une demi-heure d’entretien. Mais je revins huit jours plus tard, et encore une fois la semaine suivante, puis toutes les semaines ; si bien qu’avant deux mois nous étions amis.

Or, un soir de la fin de mai, je jugeai le moment venu et j’emportai des provisions pour dîner avec lui sur le mont des Serpents.

C’était un de ces soirs du Midi si odorants dans ce pays où l’on cultive les fleurs comme le blé dans le Nord, dans ce pays où l’on fabrique presque toutes les essences qui parfumeront la chair et les robes des femmes, un de ces soirs où les souffles des orangers innombrables, dont sont plantés les jardins et tous les replis des vallons, troublent et alanguissent à faire rêver d’amour les vieillards.

Mon solitaire m’accueillit avec une joie