Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/158

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ces hommes sévères qu’elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles.

— Oui, c’est M. Joseph Varambot, quand il est venu en congé l’an dernier.

— Qu’est-ce qu’il fait, M. Joseph Varambot ?

— Il est sous-officier d’artilleurs, m’sieu. Donc il resta deux mois à la maison. Deux mois d’été. Moi, je ne pensais à rien quand il s’est mis à me regarder, et puis à me dire des flatteries, et puis à me cajoler tant que le jour durait. Moi, je me suis laissé prendre, m’sieu. Il m’ répétait que j’étais belle fille, que j’étais plaisante… que j’étais de son goût… Moi, il me plaisait pour sûr… Que voulez-vous ?… on écoute ces choses-là, quand on est seule… toute seule… comme moi. J’suis seule sur la terre, m’sieu… J’ n’ai personne à qui parler… Personne à qui conter mes ennuyances… Je n’ai pu d’ père, pu d’ mère, ni frère, ni sœur, personne ! Ça m’a fait comme un frère qui serait r’venu quand il s’est mis à me causer. Et puis, il m’a demandé de descendre au bord de la rivière un soir, pour bavarder sans faire de bruit. J’y suis v’nue, moi… Je sais-t-il ? je sais-t-il après ?… Il me tenait la taille… Pour sûr, je ne voulais pas… non… non…