Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/159

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J’ai pas pu… J’avais envie de pleurer tant que l’air était douce… il faisait clair de lune… J’ai pas pu… Non… Je vous jure… J’ai pas pu… il a fait ce qu’il a voulu… Ça a duré encore trois semaines, tant qu’il est resté… Je l’aurais suivi au bout du monde… il est parti… Je ne savais pas que j’étais grosse, moi !… Je ne l’ai su que l’ mois d’après…

Elle se mit à pleurer si fort qu’on dut lui laisser le temps de se remettre.

Puis le président reprit sur un ton de prêtre au confessionnal : « Voyons, continuez. »

Elle recommença à parler : « Quand j’ai vu que j’étais grosse, j’ai prévenu Mme Boudin, la sage-femme, qu’est là pour le dire ; et j’y ai demandé la manière pour le cas où ça arriverait sans elle. Et puis j’ai fait mon trousseau, nuit à nuit, jusqu’à une heure du matin, chaque soir ; et puis j’ai cherché une autre place, car je savais bien que je serais renvoyée ; mais j’ voulais rester jusqu’au bout dans la maison, pour économiser des sous, vu que j’ n’en ai guère, et qu’il m’en faudrait, pour le p’tit…

— Alors vous ne vouliez pas le tuer ?

— Oh ! pour sûr non, m’sieu.

— Pourquoi l’avez-vous tué, alors ?