Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/241

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là, sans remuer, pendant des heures, pensant vaguement aux choses qui l’avaient préoccupé toute sa vie, au prix des œufs et des grains, au soleil et à la pluie qui gâtent ou font pousser les récoltes. Et, travaillés par les rhumatismes, ses vieux membres buvaient encore l’humidité du sol, comme ils avaient bu depuis soixante-dix ans la vapeur des murs de sa chaumière basse, coiffée aussi de paille humide.

Il rentrait à la tombée du jour, prenait sa place au bout de la table, dans la cuisine, et, quand on avait posé devant lui le pot de terre brûlé qui contenait sa soupe, il l’enfermait dans ses doigts crochus qui semblaient avoir gardé la forme ronde du vase, et il se chauffait les mains hiver comme été, avant de se mettre à manger, pour ne rien perdre, ni une parcelle de chaleur qui vient du feu, lequel coûte cher, ni une goutte de soupe où on a mis de la graisse et du sel, ni une miette de pain qui vient du blé.

Puis il grimpait, par une échelle, dans un grenier où il avait sa paillasse, tandis que le fils couchait en bas, au fond d’une sorte de niche près de la cheminée, et que la servante s’enfermait dans une espèce de cave, un trou