Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/240

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— Mais l’pu tôt s’ra le mieux, anuit si vous le pouvez.

— Dans une demi-heure alors, après souper.

— Dans une demi-heure.

— C’est entendu. A bientôt, mon garçon.

— A la revoyure, m’sieu l’curé ; merci ben.

— De rien, mon garçon.

Et Césaire Houlbrèque rentra chez lui, le cœur allégé d’un grand poids.

Il tenait à bail une petite ferme, toute petite, car ils n’étaient pas riches, son père et lui. Seuls avec une servante, une enfant de quinze ans qui leur faisait la soupe, soignait les poules, allait traire les vaches et battait le beurre, ils vivaient péniblement, bien que Césaire fût un bon cultivateur. Mais ils ne possédaient ni assez de terres, ni assez de bétail pour gagner plus que l’indispensable.

Le vieux ne travaillait plus. Triste comme tous les sourds, perclus de douleurs, courbé, tordu, il s’en allait par les champs, appuyé sur son bâton, en regardant les bêtes et les hommes d’un œil dur et méfiant. Quelquefois il s’asseyait sur le bord d’un fossé et demeurait