Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/245

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Césaire longeait leurs murs, soufflaient par leurs étroites fenêtres leur odeur chaude de bêtes vivantes endormies sur le fumier ; et il entendait au pied des écuries le piétinement des chevaux restés debout, et le bruit de leurs mâchoires tirant et broyant le foin des râteliers.

Il allait devant lui en pensant à Céleste. Dans cet esprit simple, chez qui les idées n’étaient guère encore que des images nées directement des objets, les pensées d’amour ne se formulaient que par l’évocation d’une grande fille rouge, debout dans un chemin creux, et riant, les mains sur les hanches.

C’est ainsi qu’il l’avait aperçue le jour où commença son désir pour elle. Il la connaissait cependant depuis l’enfance, mais jamais, comme ce matin-là, il n’avait pris garde à elle. Ils avaient causé quelques minutes ; puis il était parti ; et tout en marchant il répétait : — Cristi, c’est une belle fille tout de même. C’est dommage qu’elle ait fauté avec Victor.

Jusqu’au soir il y songea ; et le lendemain aussi.

Quand il la revit, il sentit quelque chose qui lui chatouillait le fond de la gorge, comme si on lui eût enfoncé une plume de coq par