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LES CARESSES.

immense nous saisit, car nous comprenons la ruse qui nous a trompés, nous voyons, nous sentons, nous touchons la raison secrète et voilée qui nous a poussés malgré nous.

Cela est vrai souvent, très souvent. Alors nous nous relevons écœurés. La nature nous a vaincus, nous a jetés, à son gré, dans des bras qui s’ouvraient, parce qu’elle veut que des bras s’ouvrent.

Oui, je sais les baisers froids et violents sur des lèvres inconnues, les regards fixes et ardents en des yeux qu’on n’a jamais vus et qu’on ne verra plus jamais, et tout ce que je ne peux pas dire, tout ce qui nous laisse à l’âme une amère mélancolie.

Mais, quand cette sorte de nuage d’affection, qu’on appelle l’amour, a enveloppé deux êtres, quand ils ont pensé l’un à l’autre, longtemps, toujours, quand le souvenir pendant l’éloignement veille sans cesse, le jour, la nuit, apportant à l’âme les traits du visage, et le sourire, et le son de la voix ; quand on a été obsédé, possédé par la forme absente et toujours visible, n’est-il pas naturel que les bras s’ouvrent enfin, que les lèvres s’unissent et que les corps se mêlent ?

N’avez-vous jamais eu le désir du baiser ?