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LES CARESSES.

Avez-vous oublié les vers de Musset :

Je me souviens encor de ces spasmes terribles.
De ces baisers muets, de ces muscles ardents,
De cet être absorbé, blême et serrant les dents.
S’ils ne sont pas divins, ces moments sont horribles.

Cette sensation d’horreur et d’insurmontable dégoût, nous l’éprouvons aussi quand, emportés par l’impétuosité du sang, nous nous laissons aller aux accouplements d’aventure. Mais quand une femme est pour nous l’être d’élection, de charme constant, de séduction infinie que vous êtes pour moi, la caresse devient le plus ardent, le plus complet et le plus infinie des bonheurs.

La caresse, madame, c’est l’épreuve de l’amour. Quand notre ardeur s’éteint après l’étreinte, nous nous étions trompés. Quand elle grandit, nous nous aimons.

Un philosophe, qui ne pratiquait point ces doctrines, nous a mis en garde contre ce piège de la nature. La nature veut des êtres, dit-il, et pour nous contraindre à les créer, elle a mis le double appât de l’amour et de la volupté auprès du piège. Et il ajoute : Dès que nous nous sommes laissé prendre, dès que l’affolement d’un instant a passé, une tristesse