Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/68

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il était faible et il avait peur de la mort, autant que de la morte.

Il balbutiait : « Je n’oserai plus, je n’oserai plus » ; et il regardait avec terreur, tantôt l’arme sur sa table, tantôt le rideau qui cachait sa fenêtre. Il lui semblait aussi que quelque chose d’horrible aurait lieu sitôt que sa vie cesserait ! Quelque chose ? Quoi ? Leur rencontre peut-être ? Elle le guettait, elle l’attendait, l’appelait, et c’était pour le prendre à son tour, pour l’attirer dans sa vengeance et le décider à mourir qu’elle se montrait ainsi tous les soirs.

Il se mit à pleurer comme un enfant, répétant : « Je n’oserai plus, je n’oserai plus. » Puis il tomba sur les genoux, et balbutia : « Mon Dieu, mon Dieu. » Sans croire à Dieu, pourtant. Et il n’osait plus, en effet, regarder sa fenêtre où il savait blottie l’apparition, ni sa table où luisait son revolver.

Quand il se fut relevé, il dit tout haut : « Ça ne peut pas durer, il faut en finir. » Le son de sa voix dans la chambre silencieuse lui fit passer un frisson de peur le long des membres ; mais comme il ne se décidait à prendre aucune résolution, comme il sentait bien que le doigt de sa main refuserait tou-