Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/75

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Le piéton chercha dans les papiers et trouva celui qu’on lui réclamait. Alors il se mit à le regarder, le tournant et le retournant dans ses doigts, fort perplexe, fort troublé par la crainte de commettre une faute grave ou de se faire un ennemi du maire.

Voyant son hésitation, Renardet fit un mouvement pour saisir la lettre et la lui arracher. Ce geste brusque convainquit Médéric qu’il s’agissait d’un mystère important et le décida à faire son devoir, coûte que coûte.

Il jeta donc l’enveloppe dans son sac et le referma, en répondant :

— Non, j’ peux pas, m’sieu le maire. Du moment qu’elle allait à la justice, j’ peux pas.

Une angoisse affreuse étreignit le cœur de Renardet qui balbutia :

— Mais vous me connaissez bien. Vous pouvez même reconnaître mon écriture. Je vous dis que j’ai besoin de ce papier.

— J’ peux pas.

— Voyons, Médéric, vous savez que je suis incapable de vous tromper, je vous dis que j’en ai besoin.

— Non. J’ peux pas.

Un frisson de colère passa dans l’âme violente de Renardet.