Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/89

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bois goudronné, percés de clous énormes. Le sable déjà l’avait envahie, entré par toutes les fentes, et il la tenait, la possédait, ne la lâchait plus. Elle paraissait avoir pris racine en lui. L’avant était entré profondément dans cette plage douce et perfide, tandis que l’arrière, relevé, semblait jeter vers le ciel, comme un cri d’appel désespéré, ces deux mots blancs sur le bordage noir : Marie-Joseph.

J’escaladai ce cadavre de navire par le côté le plus bas ; puis, parvenu sur le pont, je pénétrai dans l’intérieur. Le jour, entré par les trappes défoncées et par les fissures des flancs, éclairait tristement ces sortes de caves longues et sombres, pleines de boiseries démolies. Il n’y avait plus rien là-dedans que du sable qui servait de sol à ce souterrain de planches.

Je me mis à prendre des notes sur l’état du bâtiment. Je m’étais assis sur un baril vide et brisé, et j’écrivais à la lueur d’une large fente par où je pouvais apercevoir l’étendue illimitée de la grève. Un singulier frisson de froid et de solitude me courait sur la peau de moment en moment ; et je cessais d’écrire parfois pour écouter le bruit vague et mystérieux de l’épave : bruit des crabes grattant les