Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/90

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bordages de leurs griffes crochues, bruit de mille bêtes toutes petites de la mer, installées déjà sur ce mort, et aussi le bruit doux et régulier du taret qui ronge sans cesse, avec son grincement de vrille, toutes les vieilles charpentes, qu’il creuse et dévore.

Et, soudain, j’entendis des voix humaines tout près de moi. Je fis un bond comme en face d’une apparition. Je crus vraiment, pendant une seconde, que j’allais voir se lever, au fond de la sinistre cale, deux noyés qui me raconteraient leur mort. Certes, il ne me fallut pas longtemps pour grimper sur le pont à la force des poignets ; et j’aperçus debout, à l’avant du navire, un grand monsieur avec trois jeunes filles, ou plutôt un grand Anglais avec trois misses. Assurément, ils eurent encore plus peur que moi en voyant surgir cet être rapide sur le trois-mâts abandonné. La plus jeune des fillettes se sauva ; les deux autres saisirent leur père à pleins bras ; quant à lui, il avait ouvert la bouche ; ce fut le seul signe qui laissa voir son émotion.

Puis, après quelques secondes, il parla :

— Aoh, môsieu, vos été la propriétaire de cette bâtiment ?