Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/221

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quis de Montriveau est un galant homme, il s’y prêtera. Nous ferons entendre raison à ces enfants-là…

— Mais il est difficile de rompre en visière à monsieur de Montriveau, chère tante, c’est un élève de Bonaparte, et il a une position. Comment donc ! c’est un seigneur du jour, il a un commandement important dans la Garde, où il est très-utile. Il n’a pas la moindre ambition. Au premier mot qui lui déplairait, il est homme à dire au roi : — Voilà ma démission, laissez-moi tranquille.

— Comment pense-t-il donc ?

— Très-mal.

— Vraiment, dit la princesse, le roi reste ce qu’il a toujours été, un jacobin fleurdelisé.

— Oh ! un peu modéré, dit le vidame.

— Non, je le connais de longue date. L’homme qui disait à sa femme, le jour où elle assista au premier grand couvert : « Voilà nos gens ! » en lui montrant la cour, ne pouvait être qu’un noir scélérat. Je retrouve parfaitement monsieur dans le Roi. Le mauvais frère qui votait si mal dans son bureau de l’Assemblée constituante doit pactiser avec les Libéraux, les laisser parler, discuter. Ce cagot de philosophie sera tout aussi dangereux pour son cadet qu’il l’a été pour l’aîné ; car je ne sais si son successeur pourra se tirer des embarras que se plaît à lui créer ce gros homme de petit esprit ; d’ailleurs il l’exècre, et serait heureux de se dire en mourant : Il ne régnera pas long-temps.

— Ma tante, c’est le Roi, j’ai l’honneur de lui appartenir, et…

— Mais, mon cher, votre charge vous ôte-t-elle votre franc-parler ! Vous êtes d’aussi bonne maison que les Bourbons. Si les Guise avaient eu un peu plus de résolution, Sa Majesté serait un pauvre sire aujourd’hui. Je m’en vais de ce monde à temps, la noblesse est morte. Oui, tout est perdu pour vous, mes enfants ; dit-elle en regardant le vidame. Est-ce que la conduite de ma nièce devrait occuper la ville ? Elle a eu tort, je ne l’approuve pas, un scandale inutile est une faute : aussi douté-je encore de ce manque aux convenances, je l’ai élevée et je sais que…

En ce moment la duchesse sortit de son boudoir. Elle avait reconnu la voix de sa tante et entendu prononcer le nom de Montriveau. Elle était dans un déshabillé du matin, et, quand elle se montra, monsieur de Grandlieu, qui regardait insouciamment par la croisée, vit revenir la voiture de sa nièce sans elle.