Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/278

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— Eh ! bien, voilà qui commence à se dessiner, se dit en lui-même Henri. Paul, laisse-nous seuls un moment.

— Je lui ai traduit cette lettre, reprit l’interprète lorsqu’ils furent seuls. Quand elle fut traduite, il a été je ne sais où. Puis il est revenu me chercher pour m’amener ici en me promettant deux louis.

— Qu’as-tu à me dire, Chinois ? demanda Henri.

— Je ne lui ai pas dit Chinois, dit l’interprète en attendant la réponse du mulâtre.

— Il dit, monsieur, reprit l’interprète après avoir écouté l’inconnu, qu’il faut que vous vous trouviez demain soir, à dix heures et demie, sur le boulevard Montmartre, auprès du café. Vous y verrez une voiture, dans laquelle vous monterez en disant à celui qui sera prêt à ouvrir la portière le mot cortejo, un mot espagnol qui veut dire amant, ajouta Poincet en jetant un regard de félicitation à Henri.

— Bien !

Le mulâtre voulut donner deux louis ; mais de Marsay ne le souffrit pas et récompensa l’interprète ; pendant qu’il le payait, le mulâtre proféra quelques paroles.

— Que dit-il ?

— Il me prévient, répondit l’homme malheureux, que, si je fais une seule indiscrétion, il m’étranglera. Il est gentil, et il a très-fort l’air d’en être capable.

— J’en suis sûr, répondit Henri. Il le ferait comme il le dit.

—Il ajoute, reprit l’interprète, que la personne dont il est l’envoyé vous supplie, pour vous et pour elle, de mettre la plus grande prudence dans vos actions, parce que les poignards levés sur vos têtes tomberaient dans vos cœurs, sans qu’aucune puissance humaine pût vous en garantir.

— Il a dit cela ! Tant mieux, ce sera plus amusant. — Mais tu peux entrer, Paul ! cria-t-il à son ami.

Le mulâtre, qui n’avait cessé de regarder l’amant de Paquita Valdès avec une attention magnétique, s’en alla suivi de l’interprète.

— Enfin, voici donc une aventure bien romanesque, se dit Henri quand Paul revint. À force de participer à quelques-unes, j’ai fini par rencontrer dans ce Paris une intrigue accompagnée de circonstances graves, de périls majeurs. Ah ! diantre, combien le