Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/293

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par mille détails qui laissent son monument magnifiquement original ; il l’a recommandé à la postérité par de grandes idées qu’il est difficile de dégager par l’analyse, quand, dans la jeunesse, on lit cet ouvrage avec le dessein d’y trouver la chaude peinture du plus physique de nos sentiments, tandis que les écrivains sérieux et philosophes n’en emploient jamais les images que comme la conséquence ou la nécessité d’une vaste pensée ; et les aventures de milord Édouard sont une des idées les plus européennement délicates de cette œuvre.

Henri se trouvait donc sous l’empire de ce sentiment confus que ne connaît pas le véritable amour. Il fallait en quelque sorte le persuasif arrêt des comparaisons et l’attrait irrésistible des souvenirs pour le ramener à une femme. L’amour vrai règne surtout par la mémoire. La femme qui ne s’est gravée dans l’âme ni par l’excès du plaisir, ni par la force du sentiment, celle-là peut-elle jamais être aimée ? À l’insu d’Henri, Paquita s’était établie chez lui par ces deux moyens. Mais en ce moment, tout entier à la fatigue du bonheur, cette délicieuse mélancolie du corps, il ne pouvait guère s’analyser le cœur en reprenant sur ses lèvres le goût des plus vives voluptés qu’il eût encore égrappées. Il se trouva sur le boulevard Montmartre au petit jour, regarda stupidement l’équipage qui s’enfuyait, tira deux cigares de sa poche, en alluma un à la lanterne d’une bonne femme qui vendait de l’eau-de-vie et du café aux ouvriers, aux gamins, aux maraîchers, à toute cette population parisienne qui commence sa vie avant le jour ; puis il s’en alla, fumant son cigare, et mettant ses mains dans les poches de son pantalon avec une insouciance vraiment déshonorante.

— La bonne chose qu’un cigare ! Voilà ce dont un homme ne se lassera jamais, se dit-il.

Cette Fille aux yeux d’or dont raffolait à cette époque toute la jeunesse élégante de Paris, il y songeait à peine ! L’idée de la mort exprimée à travers les plaisirs, et dont la peur avait à plusieurs reprises rembruni le front de cette belle créature qui tenait aux houris de l’Asie par sa mère, à l’Europe par son éducation, aux Tropiques par sa naissance, lui semblait être une de ces tromperies par lesquelles toutes les femmes essaient de se rendre intéressantes.

— Elle est de la Havane, du pays le plus espagnol qu’il y ait dans le Nouveau-Monde ; elle a donc mieux aimé jouer la terreur que de