Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/69

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— Non c’est un secret de vie et de mort. Si je le disais, je… Non je ne puis pas. Grâce, Jules !

— Tu me trompes toujours…

— Ah ! tu ne me dis plus vous ! s’écria-t-elle. Oui, Jules, tu peux croire que je te trompe, mais bientôt tu sauras tout.

— Mais ce Ferragus, ce forçat que tu vas voir, cet homme enrichi par des crimes, s’il n’est pas à toi, si tu ne lui appartiens pas…

— Oh ! Jules ?…

— Eh ! bien est-ce ton bienfaiteur inconnu ; l’homme auquel nous devrions notre fortune comme on l’a déjà dit ?

— Qui a dit cela ?

— Un homme que j’ai tué en duel.

— Oh ! Dieu ! déjà une mort.

— Si ce n’est pas ton protecteur, s’il ne te donne pas de l’or, si c’est toi qui lui en portes, voyons, est-ce ton frère ?

— Eh ! bien, dit-elle, si cela était ?

Monsieur Desmarets se croisa les bras.

— Pourquoi me l’aurait-on caché ? reprit-il. Vous m’auriez donc trompé, ta mère et toi ? D’ailleurs va-t-on chez son frère tous les jours, ou presque tous les jours, hein ?

Sa femme était évanouie à ses pieds.

— Morte, dit-il. Et si j’avais tort ?

Il sauta sur les cordons de sonnette, appela Joséphine et mit Clémence sur le lit.

— J’en mourrai, dit madame Jules en revenant à elle.

— Joséphine, cria monsieur Desmarets, allez chercher monsieur Desplein. Puis vous irez après chez mon frère, en le priant de venir le plus tôt possible.

— Pourquoi votre frère ? dit Clémence.

Jules était déjà sorti.

Pour la première fois depuis cinq ans, madame Jules se coucha seule dans son lit, et fut contrainte de laisser entrer un médecin dans sa chambre sacrée. Ce fut deux peines bien vives. Desplein trouva madame Jules fort mal, jamais émotion violente n’avait été plus intempestive. Il ne voulut rien préjuger, et remit au lendemain à donner son avis, après avoir ordonné quelques prescriptions qui ne furent point exécutées, les intérêts du cœur ayant fait oublier tous les soins physiques. Vers le matin, Clémence n’a-