Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, VI.djvu/147

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aucune précaution épistolaire. Je prends bien part au malheur qui vous arrive, mais je ne puis que vous plaindre, ma chère mignonne. Voici pourquoi je ne puis vous être bonne à rien : à quatre-vingt-cinq ans, Hochon fait ses quatre repas, mange de la salade avec des œufs durs le soir, et court comme un lapin. J’aurai passé ma vie entière, car il fera mon épitaphe, sans avoir vu vingt livres dans ma bourse. Si vous voulez venir à Issoudun combattre l’influence de la concubine sur votre frère, comme il y a des raisons pour que Rouget ne vous reçoive pas chez lui, j’aurai déjà bien de la peine à obtenir de mon mari la permission de vous avoir chez moi. Mais vous pouvez y venir, il m’obéira sur ce point. Je connais un moyen d’obtenir ce que je veux de lui, c’est de lui parler de mon testament. Cela me semble si horrible que je n’y ai jamais eu recours ; mais pour vous, je ferai l’impossible. J’espère que votre Philippe s’en tirera, surtout si vous prenez un bon avocat ; mais arrivez le plus tôt possible à Issoudun. Songez qu’à cinquante-sept ans votre imbécile de frère est plus chétif et plus vieux que monsieur Hochon. Ainsi la chose presse. On parle déjà d’un testament qui vous priverait de la succession ; mais, au dire de monsieur Hochon, il est toujours temps de le faire révoquer. Adieu, ma petite Agathe, que Dieu vous aide ! et comptez aussi sur votre marraine qui vous aime,

» maximilienne hochon, née lousteau.

» P.-S. Mon neveu Étienne, qui écrit dans les journaux et qui s’est lié, dit-on, avec votre fils Philippe, est-il venu vous rendre ses devoirs ? Mais venez, nous causerons de lui. »

Cette lettre occupa fortement Agathe, elle la montra nécessairement à Joseph, à qui elle fut forcée de raconter la proposition de Giroudeau. L’artiste, qui devenait prudent dès qu’il s’agissait de son frère, fit remarquer à sa mère qu’elle devait tout communiquer à Desroches.

Frappés de la justesse de cette observation, le fils et la mère allèrent le lendemain matin, dès six heures, trouver Desroches, rue de Bussy. Cet avoué, sec comme défunt son père, à la voix aigre, au teint âpre, aux yeux implacables, à visage de fouine qui se lèche les lèvres du sang des poulets, bondit comme un tigre en apprenant la visite et la proposition de Giroudeau.