Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/113

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le choix du Public en l’admettant au nombre de ses membres, celle de Berlin crut s’honorer elle même en l’adoptant ; ses qualités aimables, jointes à sa célébrité, réunissoient pour lui tout ce que le commerce du monde a de flatteur a tout ce que la gloire a d’éclatant. Quand, s’arrêtant tout à coup au milieu de sa carrière, il quitta le grand théâtre, où ses talons avoient triomphé tant de fois, pour aller chercher le repos dans le sein de sa pairie ; Que dis-je ? On le vit dans la suite abjurer solennellement l’art dramatique, et condamner lui même, dans un écrit public, les succès qu’il avoit obtenus dans ce genre. Comment traiter cet endroit de l’histoire de Gresset ? J’écris peut être dans un temps où il n’est permis de parler de cette démarche, que pour lui faire le procès : je crois entendre les pamphlets qu’une multitude de gens de lettres lui a prodigués ; je vois le plus célèbre d’entr’eux lui lancer des traits plus absurdes encore qu’injurieux ; je vois l’autheur de Charlot, du Droit du Seigneur, de la Princesse de Navarre, de la femme qui a raison, et de tant d’autres pièces dont les titres mêmes sont déjà entièrement oubliés, oser contester à l’autheur du Méchant le mérite d’avoir fait une comédie, et tourner en ridicule une résolution dont s’applaudissoit en secret son inquiet orgueil, allarmé par des talens qui brilloient avec trop d’éclat.

Ce n’est point avec de pareils yeux que j’examinerai la conduite de Gresset. Quel parti prendrai-je donc ici ? Celui qui convient à un homme qui aime la vertu plus encore que les lettres, et pour qui toutes les productions du génie ne vaillent pas une belle action. Je ne prétens point décider ici entre les philosophes qui ont combattu les Spectacles et ceux qui les ont loués ; je ne veux point examiner si Gresset eut raison, lorsqu’il composa d’excellens ouvrages dramatiques, où lorsqu’il se repentit de les avoir faits. L’ami des lettres peut regretter les productions dont il auroit pu enrichir encore la littérature, le citoyen qui gémit de voir la scène trop souvent occupée par des pièces qui la changent en une