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ŒUVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

cet ouvrage littéraire quelques momens d’un tems que nous employons à des occupations plus graves et plus sérieuses, et que le public auroit eu le droit de réclamer. Un Éloge académique est d’un genre ingrat et stérile, presque toujours monotone, rarement susceptible d’entrailles et de mouvemens. L’Éloge de Gresset sur-tout est bien plus difficile qu’un autre ; il faut s’être effrayé pour en être convaincu ; ce n’est qu’en y travaillant que nous nous sommes apperçu des difficultés dont il est hérissé. On a bientôt dit d’un homme qui n’a figuré dans aucune intrigue, ni dans aucune affaire, qu’il a fait des choses charmantes et qu’il étoit vertueux ; la vie d’un solitaire est bientôt faite. Ces difficultés ne nous ont pas rebuté et nous ne croirons pas avoir entièrement perdu notre tems, si nous avons plaidé avec quelque succès la cause de la vertu et des mœurs. Nous sentons ce qui peut manquer à notre ouvrage ; mais nous n’avons ni le tems ni le courage d’y retoucher. Peut-être nous trouvera-t-on sauvage ; on demandera de quel siècle nous sommes : nous ne sommes certainement pas du nôtre. Oser parler publiquement de mœurs, lorsque le nom s’en perd tous les jours, et qu’il porte à peine encore à l’esprit quelque idée distincte ! Quelque dégoût que cette dégradation nous cause, nous ne saurions haïr l’espèce humaine. La misantropie est une maladie de l’âme ; c’est un état pénible et contraire à la nature ; nous irions jusqu’à soutenir qu’elle est peu compatible avec l’honnêteté du cœur, si elle n’étoit souvent l’effet d’une sensibilité excessive, et si elle n’annonçoit presque toujours un dérangement dans les organes. Quels que soient les torts de nos semblables, quoi qu’ils fassent pour les aggraver, quoi qu’il en puisse coûter aux amis de l’ordre et de la vertu, quelque résolution qu’on ait prise de fuir la société, l’amour, ce sentiment inné et immortel, reprend bientôt son empire ; on finit par plaindre les hommes, et l’on ne sauroit s’en venger qu’en leur faisant du bien. Heureux qui peut goûter cette délicieuse jouissance, et malheur à celui qui la néglige !

Qu’on nous pardonne cette digression : on ne nous pardonnera pas aussi facilement la liberté avec laquelle nous nous sommes permis de parler de quelques auteurs licentieux qu’on idolâtre, pestes publiques qui pullulent à l’ombre de l’impunité, qu’on ne peut souffrir qu’au détriment des mœurs, qu’on devroit flétrir avec leurs ouvrages et qui devroient être bannis de l’État.