Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/201

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cation étoit le seul lien qui put encore nous attacher à la vie.

Aussi notre premier soin fut d’ouvrir le livre sacré qu’elle avoit déposé ; entre nos mains : quelle fut notre joie quand nous lumes dans ces archives immortelles les noms de tous les hommes illustres qui existent de nos jours chez les différentes nations de l’Europe qui pour devenir nos frères n’attendoient que l’expédition de nos diplômes, quand nous vîmes que ceux mêmes des siècles passés y étoient inscrits comme membres de cette divine société qui embrasse tous les grands hommes présens, passés et futurs.

Mais ce qui nous intéressoit le plus vivement c’étoit sans doute de connoitre ceux de nos concitoiens qui seroient au nombre des prédestinés. Votre nom s’offrit à nos yeux et il seroit difficile de vous peindre la sensation agréable que nous causa cette découverte ; nous voulûmes aussitôt lire l’article qui vous concernoit, c’est-à-dire l’histoire de votre vie passée et votre horoscope ; la première nous offrit les motifs qui ont déterminé en votre faveur le choix de la déesse et nous eûmes lieu d’admirer combien les décrets de la sagesse divine différent des foibles pensées des hommes.

En effet, Monsieur, quand les hommes seront instruits de votre admission dans l’ordre des Rosatis, ils croiront que vous devez ce titre à vos connoissances utiles et agréables, au don d’écrire en prose et en vers avec noblesse et avec grâce que l’on vous connaît ; à tous ces talents divers qui font douter si vous êtes plus cher à Polymnie, à Erato ou à Cypris, enfin à toutes les qualités que renferme l’idée d’un homme aimable. Eh bien, Monsieur, ce mérite là est précisément le moindre des titres auxquels vous devez l’adoption de la déesse, car nos livres sacrés vous apprennent que vous êtes appellé principalement parce que les dieux ont apperçu en vous un cœur droit et pur, une âme noble et élevée faite pour connoitre l’amitié ; parce qu’ils ont prévu que vous étiez capable d’aimer vos frères autant que vous leur serez cher ; parce que toujours humain, sensible et juste, vous