Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/215

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point et que d’agréables distractions lui furent ménagées pendant son séjour, ainsi qu’il est, du reste, le premier à le reconnaître dans les lignes qui vont suivre.


LETTRE DE ROBESPIERRE


Monsieur,

Il n’est pas de plaisirs agréables si on ne les partage avec ses amis. Je vais donc vous faire la peinture de ceux que je goûte depuis quelques jours.

N’attendez pas une relation de mon voyage ; on a si prodigieusement multiplié ces espèces d’ouvrages depuis plusieurs années que le public en pourrait être rassasié. Je connais un auteur qui fit un voyage de cinq lieues et qui le célébra en vers et en prose.

Qu’est-ce cependant que cette entreprise comparée à celle que j’ai exécutée ? Je n’ai pas seulement fait cinq lieues, j’en ai parcouru six, et six bonnes encore, au point que, suivant l’opinion des habitants de ce pays elles valent bien sept lieues ordinaires. Cependant je ne vous dirai pas un mot de mon voyage. J’en suis fâché pour vous, vous y perdrez, il vous offrirait des aventures infiniment intéressantes : celles d’Ulysse et de Télémaque ne sont rien auprès.

Il était cinq heures du matin quand nous partîmes ; le char qui nous portait sortait des portes de la ville[1] précisément au même instant où celui du Soleil s’élançait au sein de l’Océan ; il était orné d’un drap d’une blancheur éclatante dont une partie flottait abandonnée au souffle des zéphyrs ; c’est ainsi que nous passâmes en triomphe devant l’aubette des commis. Vous jugez bien que je ne manquais pas de tourner mes regards de ce côté, je voulais voir si les argus de la ferme ne démentiraient pas leur antique réputation d’honnêteté, moi-même animé d’une noble émulation, j’osais prétendre à la gloire de les vaincre en politesse, s’il était possible. Je me penchai sur le bord de la voiture et,

  1. C’est d’Arras dont il s’agit.