Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


seurs ; s’ils rentrent au dedans d’eux-mêmes, ils n’y trouvent que le sentiment amer de l’injustice atroce dont ils sont les victimes : leur ame sans cesse irritée par cet excès de barbarie, ne peut plus enfanter que des idées sinistres et des projets cruels… Ah ! que dans cet état affreux, un nouveau Catilina ne vienne point les inviter à conspirer avec lui pour la ruine d’une odieuse Patrie ! je crains bien qu’il ne les trouve trop disposés à surpasser ses fureurs. Dans une telle situation, les mêmes qualités qui devoient être une source de grandes actions, doivent nécessairement les conduire aux grands crimes. Pour combler tant d’horreurs, il ne manqueroit plus que de les voir un jour, ces malheureux, expirer eux-mêmes sous le glaive de la Justice. citoyens ! vous la verrez tôt ou tard cette sanglante catastrophe ; après avoir puni en eux des crimes dont ils n’étoient point coupables, vous punirez ceux auxquels vous les aurez vous-mêmes forcés ; vous les condamnerez à mourir sur ce même échafaud, encore teint du sang de ce parent coupable, dont les vertus auroient pu surpasser les forfaits. Que dis-je ; vous y volerez peut-être en foule pour satisfaire une curiosité barbare ; et qu’y verrez-vous ? Un spectacle fait pour vous instruire sans doute, le triomphe de votre injustice et de votre folie, l’exemple le plus terrible des horreurs que traîne après lui le plus atroce de tous les préjugés.

Si nous considérons toute l’étendue des maux dont je viens de parler, nous nous estimerons heureux toutes les fois que les parens des coupables prendront le parti auquel ils ont assez souvent recours, de fuir loin d’une injuste Patrie, pour aller cacher leur honte dans des contrées étrangères, et qu’ils ne feront point d’autre mal à l’État, que de porter aux Nations rivales leur industrie, leurs talens, leurs fortunes avec la haine de la Patrie qui les a persécutés.

Plus j’avance et plus je découvre de nouvelles raisons de détester le préjugé que j’attaque. Je le vois partout élever un signal de discorde entre les citoyens : c’est par lui qu’une barrière insurmontable…