Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/70

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Oui, pour triompher du préjugé barbare que je combats, a raison et l’humanité n’attendent plus que leurs secours ; et j’ose croire qu’il nous en coûtera peu pour le leur sacrifier. En effet, quand j’examine plus attentivement cette opinion bizarre, je ne vois pas à quoi elle tient désormais parmi nous : du moins me paroit-il certain qu’elle ne porte point sur un mépris réel de ceux qui en sont les victimes. Quiconque est capable de quelque réflexion, en sent aisément toute l’absurdité ; il trouve en lui assez de philosophie pour s’en détacher, mais il craint le blâme d’autrui s’il osoit la braver ouvertement ; on est enchaîné par les préjugés que l’on suppose dans les autres plutôt que par les siens ; il s’agit donc moins de changer nos principes, que de nous autoriser à les observer par des exemples imposans : que le Souverain nous les donne et nous nous empresserons de les suivre.

Il est peu nécessaire sans doute d’entrer dans le détail des moyens que sa bienfaisance pourroit choisir, pour exécuter un projet si digne d’elle ; ils se présentent d’eux-mêmes à tout esprit juste.

Par exemple, il ne souffriroit pas qu’on fermât désormais aux parents d’un coupable la route des honneurs et de la fortune ; il ne dédaigneroit pas lui-même de les décorer des marques de sa faveur, lorsqu’ils en seroient dignes par leurs qualités personnelles. Il est peu de familles qui ne puissent se glorifier d’un homme de mérite ; souvent celle où les Loix auront trouvé un coupable, offrira plusieurs citoyens distingués par des talens et par des vertus ; la sagesse du Souverain ne laissera point échapper une si belle occasion, d’annoncer au public par des exemples éclatans, combien il dédaigne ce vil préjugé qui ose outrager l’innocence, et de le flétrir pour ainsi dire de son mépris â la face de toute la Nation.

Un jeune homme qui tenoit à une famille honnête, vient de périr sur l’échafaud ; tous les esprits sont encore pleins de l’impression de terreur qu’a produite l’image de son supplice ; on plaint une famille entière digne d’un meilleur sort ; on plaint surtout un père vénérable par ses mœurs, et par des services rendus à la Patrie. Stérile pitié qui ne sauveroit pas de l’infamie !… Mais tout à coup une étonnante nouvelle s’est répandue… Ce citoyen a reçu de la part du Roi une lettre honorable ; le monarque daigne l’assurer qu’une faute étrangère n’efface point