Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/71

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à ses yeux les vertus et les services de ses fidèles sujets, il le nomme à un poste considérable dans sa Province, il ajoute à ce bienfait la marque brillante d’une distinction flatteuse… Croit-on que cet homme-là seroit vil aux yeux de ses compatriotes ? Cependant des faits semblables se renouvellent : la renommée les publie par-tout, avec des circonstances propres à frapper l’imagination des peuples, et à leur montrer sous les trais les plus touchans la sagesse et la bonté du Roi. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que ses intentions, manifestées par ses actions et par ses discours, sont devenus pour ses Courtisans une loi ; que les grands, que les hommes en place, seconderont de tout leur pouvoir l’exécution de ses vues bienfaisantes. Voilà donc les dispensateurs des grâces, les modèles du goût et des mœurs publiques, les arbitres du bon ton, législateurs de sa société, ligués contre une opinion qui a sa source dans le faux honneur ; la vanité même se joint à la justice et à la raison pour la repousser. Nous la verrons donc bientôt reléguée dans la classe de ces préjugés grossiers, qui ne sont faits que pour le peuple, et que les honnêtes gens rougiroient d’adopter.

Applaudissons-nous, Messieurs, de voir son sort dépendre d’un pareil événement ; non, ce ne sera point en vain que vous aurez conçu le noble espoir d’en affranchir l’humanité. Cette idée intéressante, sur laquelle vous avez su fixer l’attention du public, parviendra tôt ou tard jusqu’au Trône ; elle ne sera pas vainement présentée au jeune et sage Monarque qui le remplit : nous en avons pour garant cette sainte passion du bonheur des peuples qui forme son auguste caractère. Celui qui bannissant de notre Code criminel l’usage barbare de la question, voulut épargner aux accusés des cruautés inutiles qui déshonoroient la justice, est digne d’arracher l’innocence à l’infamie qui ne doit poursuivre que le crime. Dompter ce préjugé terrible, seroit du moins un nouveau genre de triomphe, dont il donneroit le premier exemple aux Souverains, et dont la gloire ne seroit point effacée par l’éclat des grands événemens qui ont illustré son regne.

Enfin cette ressource si puissante n’est pas la dernière qui nous reste ; j’en vois une autre qui paroît faite pour la seconder, et qui seule produiroit encore les plus grands effets : et cette ressource, Messieurs, c’est vous-même qui nous l’avez, présentée.

En invitant les Gens de Lettres à frapper sur l’opinion funeste