Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/98

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Éloge de Gresset[1].

Hunc lepidique sales lugent, veneresque pudicae
Sed mores prohibent ingeniumque mori.

Messieurs,

Le véritable éloge d’un grand homme, ce sont ses actions et ses ouvrages ; toute autre louange paroit assez inutile à sa gloire : mais n’importe ; c’est un beau spectacle de voir une nation rendre des hommages solemnels à ceux qui l’ont illustrée ; contempler, pour ainsi dire, avec un juste orgueil, les monumens de sa splendeur et les titres de sa noblesse, et allumer une utile émulation dans le cœur de ses citoiens par les éloges publics qu’elle décerne aux vertus et aux talens qui l’ont honorée.

Gresset étoit digne d’un tel hommage ; et à qui, messieurs, convenoit-il aussi bien qu’à vous de le lui rendre ? Sa gloire, qui brille avec éclat aux yeux de toute l’Europe, a pour vous quelque chose de plus touchant ; vous la partagez avec lui ; cet illustre poète est né au milieu de vous : il a voulu vivre et mourir parmi vous ; vous futes à la fois ses compatriotes ; ses amis ; les compagnons de ses travaux littéraires ; les témoins de sa vie privée ; les spectateurs de sa vertu, partout ailleurs on a admiré ses écrits ; vous avez encore connu et chéri sa personne, c’est l’amitié, qui semble aujourd’hui s’unir à la patrie, pour honorer sa mémoire ; en proposant son éloge à l’émulation publique, vous paroissez chercher une consolation à la douleur que vous cause sa perte, dans les nouveaux monumens qu’elle s’empressera d’élever à sa gloire.

Oui ; répandons des fleurs à l’envie sur la tombe du plus

  1. Texte du manuscrit de l’Académie d’Amiens. Le ms a 22 folios, il porte le no 9 et fut reçu le 20 juin 1785.