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Les discours de Robespierre

Comité de salut public ; ce projet a échoué[1]. Depuis quelque temps, ils déclarent la guerre à certains membres du Comité de salut public ; ils semblent ne prétendre qu’à accabler un seul homme ; ils marchent toujours au même but. Que les tyrans de l’Europe osent proscrire un représentant du peuple français, c’est sans doute l’excès de l’insolence ; mais que les Français qui se disent républicains travaillent à exécuter l’arrêt de mort prononcé par les tyrans, c’est l’excès du scandale et de l’opprobre[2] ! Est-il vrai qu’on ait colporté des listes odieuses, où l’on désignait pour victimes un certain nombre de membres de la Convention, et qu’on prétendait être l’ouvrage du Comité de salut public, et ensuite le mien ? Est-il vrai qu’on ait osé supposer des séances du Comité, des arrêtés rigoureux qui n’ont jamais existé, des arrestations non moins chimériques ? Est-il vrai qu’on ait cherché à persuader à un certain nombre de représentants irréprochables que leur perte était résolue ? à tous ceux qui par quelque erreur avaient payé un tribut inévitable à la fatalité des circonstances et à la faiblesse humaine, qu’ils étaient voués au sort des conjurés ? Est-il vrai que l’imposture ait été répandue avec tant d’art et d’audace qu’un grand nombre de membres n’osaient plus habiter la nuit leur domicile ? Oui, les faits sont constants et les preuves de ces deux manœuvres sont au Comité de salut public. Vous pourriez nous en révéler beaucoup d’autres, vous, députés revenus d’une mission dans les départements ; vous, suppléants appelés aux fonctions de représentants du peuple, vous pourriez nous dire ce que l’intrigue a fait pour vous tromper, pour vous aigrir, pour vous entraîner dans une coalition funeste[3] ! Que disait-on, que faisait-on dans ces coteries suspectes, dans ces rassemblements nocturnes, dans ces repas où la perfidie distribuait aux convives les poisons de la haine et de la calomnie ? Que voulaient-ils, les auteurs de ces machinations ? Etait-ce le salut de la patrie, la dignité et l’union de la Convention nationale ? Qui étaient-ils[4] ? Quels faits justifient l’horrible idée qu’on a voulu donner de nous ? Quels hommes avaient été accusés par les Comités,

  1. Phrase omise dans Sorb.
  2. Lignes raturées : «Naguère, on accusait le Comité de salut public de vouloir usurper l’autorité de la Convention, on l’accusait de vouloir anéantir la représentation nationale. Rappelez-vous quels moyens odieux, quels lâches artifices furent épuisés pour accréditer cette funeste idée.» (Note orig.)
  3. Lignes raturées : « Vous pourriez nous le dire, vous tous hommes probes, à qui on a fait la proposition formelle de vous liguer contre le Comité de salut public. » (Note orig.)
  4. Lignes raturées : «Étaient-ce ceux dont la conscience était paisible ? Étaient-ce ces hommes dont la France estime le plus la probité, la franchise et le dévouement ? Quels crimes faisaient jadis les conjurés que vous avez frappés ? Ils s’agitaient, ils calomniaient, ils caressaient bassement tous leurs collègues, en qui ils ne voyaient déjà plus que des juges ; ils prophétisaient eux-mêmes leur punition et faisaient retentir ces voûtes sacrées de leurs sinistres prédictions.» (Note orig.)