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JACQUELINE PASCAL

elle satisfaisoit toujours ceux qui s’attendoient de luy voir dire quelque chose de beau ; mais ce qui est plus admirable, c’est que tout cela ne l’eslevoit point, et qu’elle le recevoit dans une indifference si grande que tout le monde l’en aimoit davantage, et ses compagnes avec qui elle estoit tous les jours n’en ont jamais eu la moindre jalousie ; au contraire, elles contribuoient de tout leur cœur à augmenter l’estime qu’on en avoit en publiant les bonnes qualitez qu’elles y reconnoissoient en particulier, comme sa douceur, sa bonté, l’agrement et l’egalité de son humeur qui estoit incomparable.

Durant ce temps là, il se presenta plusieurs occasions de la marier ; mais Dieu permit qu’il y eust tous les jours quelque raison qui en empeschat la conclusion. Elle ne tesmoigna jamais dans ces rencontres ny attache ny aversion, estant fort soumise à la volonté de mon pere, sans qu’elle eust jamais eu aucune pensée pour la religion[1], au contraire en ayant un grand esloignement et mesme[2] du mespris, parce qu’elle croyoit qu’on y pratiquoit des choses qui n’estoient pas capables de satisfaire un esprit raisonnable.

Au mois de janvier 1646, mon pere s’estant demis une cuisse en tombant sur la glace, il ne put prendre confiance en cet accident qu’à MM. de La Bouteillerie et Deslandes, gentilshommes du pays, qui eurent la bonté

  1. Religion signifie ici couvent. Voici un exemple très caractéristique de ce sens, tiré du Roman bourgeois de Furetière (I, 196) : « Après deux mois et demi de pleine éclipse, Lucrèce entra dans une autre religion, mieux rentée et plus austère que la précédente. » apud Huguet, Petit Glossaire des classiques français du xviie siècle, 1907.
  2. F. (nous désignons par cette lettre la leçon du P. Guerrier recueillie par Faugère) : « un peu de ».