Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/221

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRE DE PASCAL A M. LE PAILLEUR 2a'5

ceptible à tous les sens, avec la légèreté imaginaire qu'il luy donne.

Ce qui est estrange, c'est qu'après avoir donné des doutes, pour appuyer son sentiment, il le confirme par des expériences fausses ; il les propose neant- moins avec une hardiesse telle qu'elles seroient reçues pour véritables de tous ceux qui n'ont point vu le contraire ; car il dit que les yeux le font voir ; que tout cela ne se peut nier ; qu'on le veoit à l'œil, quoy que les yeux nous fassent voir le contraire. Ainsy il est évident qu'il n'a vu aucune des expé- riences dont il parle ; et il est estrange qu'il ait parlé avec tant d'asseurance de choses qu'il ignoroit, et dont on luy a fait un rapport très peu fidèle. Car je veux croire qu'il ait esté trompé luy mesme, et non pas qu'il ait voulu tromper les autres ; et l'estime que je fais de luy me fait juger plus tost qu'il a esté trop crédule, que peu sincère : et certainement il a sujet de se plaindre de ceux qui luy ont dit qu'un soufflet plein de ce vuide apparent, estant débouché et fermé avec promptitude, pousse au dehors une matière aussy sensible que l'air ; et qu'un tuyau plein de vif argent et de ce mesme vuide, estant renversé, le vif argent tombe aussy lentement dans ce vuide que dans l'air, et que ce vuide retarde son mouvement naturel autant que l'air, et enfin beaucoup d'autres choses qu'il rapporte ; car je l'asseure, au contraire, que l'air y entre, et que le vif argent tombe dans ce vuide avec une extrême impétuosité, etc.

Enfin, pour vous faire veoir que le P. Noël n'en-

�� �