Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/320

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304 ŒUVRES

De tant de sçavants que M. Descartes voyoit avec plaisir, M. de Roberval étoit le seul qui luy fût devenu formidable par son humeur ; et, pour tempérer un peu sa joye, M. de Roberval ne s'absentoit presque d'aucune des assemblées où il se trouvoit. On y répétoit souvent l'expérience du Vuide, non pour l'instruire d'une chose qui ne luy étoit pas nouvelle, mais pour luy en faire voir toutes les manières différentes qu'on avoit inventées depuis peu et qu'on n'avoit pas encore vues. Il ne s'y donnoit point d'autre part que celle de spectateur ; c'est pourquoy il y parloit peu , et seulement pour marquer com- ment ces expériences s'accordoient avec ses principes. Il se contentoit d'écouter les autres, et soit qu'il suivît les mouve- ments de sa retenue ordinaire, soit qu'il voulût éviter la du- reté des reparties de M. de Roberval, il refusa presque tou- jours de s'expliquer lorsque la compagnie l'en prioit, voyant surtout que la plupart étoient dans l'opinion du Vuide effec- tif, qu'il n'admettoit point. Mais il ne laissa point de détrom- per ceux qui croyoient qu'il n'avoit pas encore songé jus- qu'alors à la pesanteur de l'air comme à la cause des effets que le vulgaire des philosophes avoit toujours attribué à l'horreur du Vuide. C'est une observation qu'il avoit faite long- têms auparavant, et même devant Torricelli, par qui tous ces sçavans Mathématiciens de Paris confessoient avoir esté devancez dans cette opinion.

« Ce fut en l'une de ces assemblées, qui ne se tenoit ce jour- là nv chez l'Abbé Picot ny aux Minimes, mais chez une per- sonne de marque, que M. de Roberval entreprit de pousser entièrement M. Descartes à bout sur tous les points de sa Physique ausquels il étoit contraire. Quoy qu'il affectât de parler un langage tout à fait opposé à celuy de l'Ecole, il n'en étoit pas plus uni de sentimens avec M. Descartes. Il l'atta- qua non seulement sur le Vuide et sur l'impossibilité du mouvement dans le Plein, mais encore sur les Atomes, qu'il rejettoit, et sur la matière qu'il supposoit divisible à l'indé- fini. Il l'entreprit d'un ton si magistral et si semblable à celuy dont il avoit coutume d'épouvanter les écoliers de sa classe, qufr

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