Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/321

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SECONDE NARRATION DE ROBERVAL SUR LE VIDE 305

M. Descartes, qui n'étoit point venu en France pour disputer, en parut étourdi ; et la crainte de retrouver un second Voe- tius dans ce professeur, fit qu'il aima mieux se taire que de luy laisser prendre pied sur ce qu'il pourroit luy dire pour l'embarquer dans des contestations. Il témoigna néanmoins à la compagnie qu'il ne s'abtenoit de répondre à M. deRoberval que pour l'obliger de mettre ses difficultez par écrit, et qu'il s'ofTroit en ce cas là de le satisfaire. Il n'étoit rien de plus rai- sonnable, rien de plus digne d'un Philosophe pacifique ennemi de la chicane que cette proposition que luy faisoit M. Descartes. C'étoit le moyen le plus naturel pour prévenir la surprise et l'équivoque, pour se posséder plus parfaitement, et pour examiner avec plus de loisir et de sang froid les rai- sons de l'un et de l'autre. M. de Roberval ne voulut pas se soumettre à une condition si juste ; et il ne fut pas plutôt sorti de l'assemblée que, s'imaginant pouvoir prendre droit sur le silence de M. Descartes, il se vanta par tout qu'au moins une fois en sa vie il avait sçù luy fermer la bouche. M. Descartes ne jugea point à propos de relever une si sotte vanité, et il crud devoir abandonner pour toujours M. de Roberval à sa propre complaisance. »

La Narration de Roberval ajoute quelques traits à ce ta- bleau, qui est déjà d'une assez belle couleur. Il y reproduit sa « leçon » sur la nécessité de distinguer l'abstrait et le con- cret, la mathématique et la physique, l'espace et la matière. Mais il tourne en parodie la réponse de Descartes : « Mes méditations m'ont tellement élevé au dessus de la science vulgaire que je vois clairement et distinctement l'unité et l'identité du corps et de l'espace dont, je ne sais par quel aveuglement, vous faites deux choses distinctes. — Je vous féli- cite, réplique Roberval, et sans vous envier ; je vous souhaite même de tout mon cœur que vous soyez toujours aussi heureux. Pardonnez cependant à notre aveuglement qui fait que j'ai lu, et, à plusieurs reprises, vos sublimes Méditations, que mes amis hommes d'un très grand esprit en ont fait au- tant, que nous avons mis en commun nos jugements, et que

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