Page:Œuvres de Descartes, éd. Cousin, tome XI.djvu/362

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également sur les données des sens et de l’imagination. Mais sans aller jusque là, vous ne pouvez vous fâcher si je vous demandois, si vous n’êtes pas comme les autres hommes sujet au sommeil, et si vous ne pouvez pas penser en dormant que vous me voyez, que vous vous promenez dans ce jardin, que le soleil luit, en un mot mille autres choses que vous pensez voir aujourd’hui très clairement. N’avez-vous jamais entendu dans les vieilles comédies cette formule d’étonnement, Est-ce que je dors ? Comment pouvez-vous être certain que votre vie ne soit pas un songe perpétuel, et que tout ce que vous apprenez par les sens n’est pas aussi faux que quand vous dormez, surtout sachant que vous avez été créé par un être supérieur, auquel dans sa toute-puissance il n’eût pas été plus difficile de nous créer tels que je vous ai dit, que tels que vous croyez être ?

POLYANDRE : Voilà certes des raisons qui suffiroient pour renverser toute la science d’Épistémon, s’il y pouvoit donner toute son attention ; quant à moi je craindrois d’être tant soit peu fou, si, ne m’étant jamais appliqué à l’étude, ni accoutumé à détourner mon esprit des choses sensibles, j’allois l’appliquer à des méditations qui surpassent mes forces.

ÉPISTEMON : Je pense qu’il est très dangereux de s’avancer trop loin dans cette manière de raisonner :