Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/247

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l’existence singulière d’une chose que si l’essence nous en est connue, comme on le verra par la suite ; d’où nous concluons que toute certitude acquise par ouï-dire doit être exclue des sciences. Par la simple audition en effet, sans un acte préalable de l’entendement propre, nul ne peut être affecté.

Quant au deuxième mode[1] on ne peut dire non plus qu’il ait l’idée de la proportion qu’il cherche. Outre que cette connaissance est fort incertaine et n’est jamais définitive, on ne percevra jamais par expérience vague autre chose que des accidents dans les choses de la Nature, et de ces derniers nous n’avons d’idée claire que si les essences nous sont d’abord connues. Il faut donc également rejeter l’expérience vague.

Au sujet du troisième mode par contre, on doit dire en quelque manière qu’il nous donne l’idée d’une chose et aussi nous permet de conclure sans danger d’erreur ; il n’est cependant pas par lui-même un moyen d’atteindre à notre perfection.

Seul le quatrième mode saisit l’essence adéquate d’une chose et cela sans risque d’erreur ; c’est pourquoi nous devons nous en servir principalement. De quelle façon il faut l’employer pour acquérir des choses inconnues une connaissance claire de cette sorte, et comment nous y parviendrons le plus directement, c’est ce que nous allons faire en sorte d’expliquer.

Sachant maintenant quelle sorte de connaissance nous est nécessaire, il nous faut indiquer la Voie et la Méthode par où nous arriverons à connaître ainsi véritablement les choses que nous avons à connaître. Pour cela

  1. Je parlerai ici un peu plus amplement de l’expérience ; et j’examinerai la méthode des Empiriques et des nouveaux Philosophes.