Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/258

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que je connais, va à la maison, vient me voir[1] et autres choses semblables. Je demande ici à quoi se rapporte une pareille idée ? Je vois qu’elle a trait uniquement aux choses possibles. J’appelle impossible une chose dont la nature implique qu’il y a contradiction à en poser l’existence ; nécessaire une chose dont la nature implique qu’il y a contradiction à n’en pas poser l’existence ; possible une chose dont l’existence, par sa nature même, n’implique pas qu’il y ait contradiction à en poser l’existence ou la non-existence, la nécessité ou l’impossibilité de l’existence de cette chose dépendant de causes qui nous sont inconnues tout le temps que nous forgeons l’idée qu’elle existe ; par suite, si cette nécessité ou cette impossibilité, qui dépend de causes extérieures, nous était connue, nous ne pourrions forger aucune fiction au sujet de cette chose. Il s’ensuit, que s’il existe un Dieu ou quelque être omniscient, cet être ne peut forger absolument aucune fiction. Pour ce qui nous concerne en effet, sitôt[2]que je sais que j’existe je ne puis forger de fiction touchant mon existence ou ma non-existence ; je ne puis non plus me représenter un éléphant passant parle trou d’une aiguille ; ni, quand je connais[3] la nature de Dieu, me le

  1. Voir plus bas nos remarques au sujet des hypothèses qui sont clairement connues de nous ; où il y a fiction c’est quand nous disons que certaines choses comme telles existent dans les corps célestes.
  2. Comme la vérité, dont il s’agit ici, pourvu qu’on l’entende, se fait connaître elle-même, un exemple suffit sans autre démonstration. De même pour la proposition contradictoire, dont à fausseté apparaît sitôt qu’on l’examine, comme on le verra bientôt quand nous parlerons de la fiction relative à l’essence.
  3. On observera que si beaucoup de gens déclarent douter de l’existence de Dieu, ou bien ils n’en possèdent que le nom ou bien ils forgent une fiction qu’ils appellent Dieu ; ce qui ne s’accorde pas avec la nature de Dieu comme nous le montrerons en son lieu.