Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/259

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représenter fictivement comme existant ou n’existant pas ; on doit reconnaître qu’il en est de même touchant la Chimère dont la nature s’oppose à l’existence. D’où appert clairement ce que j’ai dit, à savoir que la fiction, dont nous parlons ici, n’a point lieu au sujet des vérités éternelles[1]. Avant de poursuivre toutefois il faut noter ici en passant que la même différence qu’il y a entre l’essence d’une chose et celle d’une autre existe aussi entre l’actualité ou l’existence de la première et l’actualité ou l’existence de la seconde. Par suite, si nous voulions concevoir l’existence d’Adam, par exemple par le moyen de l’existence en général, ce serait comme si, pour concevoir l’essence d’Adam, nous dirigions notre pensée sur la nature de l’être et définissions Adam comme étant un être. C’est pourquoi, plus généralement l’existence est conçue, plus aussi elle est conçue confusément et plus aisément elle peut être attribuée par fiction à toute chose ; au contraire sitôt qu’elle est conçue comme l’existence plus particulière d’une chose, nous en avons une idée plus claire et l’attribuons plus difficilement par fiction (alors que nous ne prenons pas garde à l’ordre de la nature) à une autre chose ; ce qui mérite d’être noté.

Nous avons maintenant à considérer les cas où l’on dit communément qu’il y a fiction, bien que nous sachions

  1. Je montrerai bientôt que nulle fiction ne peut avoir trait aux vérités éternelles. Par vérité éternelle j’entends une proposition qui, si elle est affirmative, ne puisse jamais être négative. Ainsi c’est une vérité première et éternelle que Dieu est, ce n’est pas une vérité éternelle qu’Adam pense. La Chimère n’est pas est une vérité éternelle, mais non Adam ne pense pas.