Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/260

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clairement que la chose n’est pas comme nous la forgeons. Par exemple, bien que sachant que la terre est ronde, rien ne m’empêche de dire à quelqu’un qu’elle est un hémisphère, telle une demi-orange sur un plat, ou que le soleil se meut autour de la terre et, autres choses semblables. Si nous considérons ces cas avec attention, nous n’y verrons rien qui ne s’accorde avec nos paroles de tout à l’heure ; il faut observer seulement d’abord qu’il y a eu à un certain moment possibi­lité de nous tromper et que maintenant nous avons conscience de nos erreurs ; ensuite que nous pouvons forger ou au moins admettre l’idée que d’autres hommes sont dans la même erreur ou sont capables d’y tomber, comme nous l’avons été précédemment. Nous pouvons, dis-je, forger cette idée aussi longtemps que nous ne voyons pas d’impossibilité ni de nécessité. Quand donc je dis à quelqu’un que la terre n’est pas ronde, etc., je ne fais pas autre chose que de rappeler à mon souvenir l’erreur que j’ai commise peut-être, ou dans laquelle je pouvais tomber, et ensuite je forge ou j’admets l’idée que celui à qui je parle est encore dans l’erreur ou peut y tomber. Je forge cette idée comme je l’ai dit, aussi longtemps que je ne vois pas d’impossibilité ni de nécessité ; si, en revanche, mon entendement avait perçu l’une ou l’autre, je n’aurais plus rien pu forger, et il aurait fallu dire seulement que j’avais fait une certaine tentative.

Il nous reste à nous occuper des suppositions faites dans les discussions ; suppositions qui ont trait, parfois, même à des impossibilités. Par exemple quand nous disons : supposons que cette chandelle qui brûle ne brûle pas, ou supposons qu’elle brûle dans quelque lieu imaginaire, c’est-à-dire où n’existe de corps