Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/267

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Bien plus, nous ne pouvons même pas, en combinant ces parties, forger des actions qui ne soient pas vraies : car nous sommes obligés de considérer en même temps comment et pourquoi telle action a lieu.

Ayant pris connaissance de ce qui précède, passons maintenant à l’investigation de l’Idée fausse pour voir à quoi elle a trait et comment nous pouvons nous garder de tomber dans des perceptions fausses. Ni l’une ni l’autre tâche ne nous sera difficile après notre étude de la fiction. Il n’y a en effet aucune différence entre elles, sinon que l’idée fausse implique l’assentiment, c’est-à-dire (comme nous l’avons déjà noté) que dans l’erreur, au moment de l’apparition de certaines images, il ne s’offre point de causes d’où puisse ressortir, comme dans la fiction, que ces images ne proviennent pas de choses extérieures ; l’erreur consiste ainsi à peu près à rêver les yeux ouverts ou pendant l’état de veille. De même que la fiction, l’idée fausse se produit au sujet de, ou (pour mieux dire) se rapporte à, l’existence d’une chose dont l’essence est connue ou bien elle a trait à une essence. L’erreur relative à l’existence se corrige de même que la fiction ; si en effet la nature de la chose connue implique l’existence nécessaire, il est impossible que nous nous trompions au sujet de l’existence de cette chose ; par contre, si l’existence de la chose n’est pas une vérité éternelle, comme l’est son essence, mais que la nécessité ou l’impossibilité dépende de causes extérieures, alors que l’on reprenne et applique tout ce que nous avons dit quand nous parlions de la fiction ; la correction de l’erreur se fait de même. Quant à l’autre sorte d’erreur, qui est relative aux essences ou encore aux actions, de telles perceptions sont nécessairement toujours confuses, composées de diverses perceptions