Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/270

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Par exemple, pour former le concept d’une sphère, je forge une cause à volonté, à savoir qu’un demi-cercle tourne autour d’un centre et qu’une sphère est comme engendrée par cette rotation. Certes cette idée est vraie et, bien que nous sachions que nulle sphère n’a jamais été engendrée de la sorte dans la Nature, c’est là cependant une perception vraie et le moyen le plus aisé de former le concept d’une sphère. Il faut noter d’ailleurs que cette perception affirme la rotation du demi-cercle ; affirmation qui serait fausse si elle n’était pas jointe au concept de la sphère ou à celui de la cause déterminant le mouvement, c’est-à-dire, parlant absolument, si elle était isolée, car l’esprit en pareil cas se bornerait à affirmer le mouvement du demi-cercle, ce mouvement n’étant ni contenu dans le concept du demi-cercle ni issu de celui de la cause déterminant le mouvement. La fausseté consiste donc en cela seul qu’il est affirmé d’une chose quelque chose qui n’est pas contenu dans le concept que nous avons formé de cette chose, tel le mouvement ou le repos dans le cas du demi-cercle. D’où il suit que les pensées simples ne peuvent pas ne pas être vraies, telle l’idée simple d’un demi-cercle, du mouvement, de la quantité, etc. Ce que ces pensées contiennent d’affirmation atteint, sans les dépasser, les limites du concept ; nous pouvons donc à notre gré, sans avoir d’erreur à craindre, former des idées simples. Il ne nous reste donc qu’à chercher par quelle puissance notre esprit peut former ces idées et jusqu’où s’étend cette puissance ; cela trouvé en effet, nous aurons facilement la connaissance la plus haute à laquelle nous puissions parvenir. Car il est certain que cette puissance de l’esprit ne s’étend pas à l’infini quand nous affirmons de quelque chose ce