Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/272

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être divisés, etc. Nous nous affranchissons toutefois également de cette erreur en nous efforçant d’examiner toutes nos perceptions selon la norme de l’idée vraie donnée, nous gardant, comme nous l’avons dit au commencement, des idées qui nous viennent par ouï-dire ou par expérience vague. Il faut ajouter que cette sorte d’erreur provient de ce que l’on conçoit les choses d’une façon trop abstraite ; car il est de soi assez clair que, ce que je conçois dans son véritable objet, je ne puis l’appliquer à un autre. L’erreur provient aussi de ce qu’on ne connaît pas les premiers éléments de toute la Nature, par suite procédant sans ordre et confondant la Nature avec des axiomes abstraits, encore qu’ils soient vrais, on porte en soi-même la confusion et on renverse l’ordre de la Nature. Pour nous, si nous procédons de la façon la moins abstraite qu’il se puisse et partons des premiers éléments, c’est-à-dire de la source et de l’origine de la Nature, le plus tôt qu’il se pourra, nous n’avons pas à craindre de nous tromper ainsi. Pour ce qui touche, d’ailleurs la connaissance de l’origine de la Nature, il n’est pas du tout à redouter que nous la confondions avec des choses abstraites ; quand en effet on conçoit quelque chose abstraitement, comme on fait pour tous les universaux, ces concepts s’étendent toujours dans l’entendement au delà des limites où peuvent exister réellement dans la Nature leurs objets particuliers. De plus, comme il y a dans la Nature beaucoup de choses dont la différence est si petite qu’elle échappe presque à l’entendement, il peut arriver facilement (à les concevoir abstraitement) qu’on les confonde ; mais, comme nous le verrons plus loin, il ne peut y avoir de l’origine de la Nature de concept abstrait, ni de concept général, et