Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/24

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rellement que les opinions, les habitudes de pensées et les actions, bien que dominées par l’état particulier de la société, doivent en définitive présenter entre elles une forte ressemblance. Nos ancêtres ne différaient pas plus de nous, assurément, que les juifs des chrétiens ; comme nous ils avaient des yeux, des mains, des organes, des sens, des affections, des passions ; ils étaient nourris des mêmes aliments, blessés par les mêmes armes, sujets aux mêmes maladies, réchauffés par le même été et refroidis par le même hiver. Leurs affections et leurs sentiments ont dû par conséquent se rapprocher des nôtres.

De ces considérations résulte la conséquence que, dans les matériaux qu’un écrivain emploiera pour un roman ou un ouvrage de pure imagination, tel que celui que j’ai entrepris de composer, il trouvera qu’une proportion considérable du langage et des mœurs s’applique au temps présent aussi bien qu’à celui auquel se reportent les événements qu’il décrit. La liberté du choix devient donc plus grande, et la difficulté de sa tâche bien moindre qu’il ne le semblait d’abord. Pour emprunter une comparaison à un autre art, les détails d’antiquité peuvent être considérés comme représentant les traits particuliers d’un paysage tracé par le pinceau. La tour féodale doit s’élever avec une majesté convenable ; les figures mises en scène doivent avoir le costume et le caractère de leur siècle ; le tableau doit offrir les aspects particuliers du site, avec ses rocs élevés ou ses eaux formant des cascades. Le coloris général doit être aussi copié d’après nature : le ciel doit être nuageux ou serein suivant le climat, et les teintes générales doivent être celles qui dominent dans un paysage réel. Ainsi le peintre est limité par les règles de son art à une exacte imitation des traits de la nature ; mais il n’est pas obligé d’en copier servilement les plus petits détails, ni d’offrir avec un soin minutieux les plantes, les fleurs et les arbres dont la terre est décorée. Ces derniers objets, comme les nuances de lumière et d’ombre, sont des attributs propres à toute perspective en général, naturels à chaque situation, et mis à la disposition de l’artiste, qui les emploiera d’après son goût ou son caprice.

Il est vrai que, dans l’un et l’autre cas, cette licence a de raisonnables limites. Le peintre ne doit introduire aucun ornement qui ne convienne au climat ou au lieu de la scène ; il ne doit pas planter de cyprès sur l’Inch-Mervin[1], ni de sapins d’Écosse parmi les ruines de Persépolis. L’auteur est soumis à des lois analogues. Bien

  1. Îles du Loch-Lomond en Écosse. a. m.