Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/35

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été le théâtre ont retenti par toute l’Angleterre. Il n’est pas de brave chevalier ni de véritable ménestrel dont le cœur n’ait tressailli au nom d’une forteresse où jadis aucun Anglais n’avait posé le pied, si ce n’est pour recevoir l’hospitalité. Il y a une espèce de magie dans les noms mêmes de sir John de Walton et de sir Aymer de Valence, braves défenseurs d’une place si souvent reconquise par ses anciens possesseurs, et avec de telles circonstances de courage et de cruauté que nous l’appelons en Angleterre le Château dangereux. — Je serais ravi d’entendre raconter à votre manière ces légendes qui vous ont porté, pour l’amusement des siècles à venir, à visiter un pays où règne maintenant tant de désordre et de périls. — Si vous avez la patience d’écouter un long récit de ménestrel, de mon côté, en homme qui chérit sa profession, je suis tout disposé à vous raconter mon histoire. — Oh ! quant à cela, vous aurez en moi un auditeur parfait ; et si ma récompense doit être légère, du moins mon attention sera grande. — C’est un bien pauvre troubadour, répliqua Bertram, que celui qui ne s’estime pas mieux récompensé par une telle attention que par de l’or et de l’argent, quand même les pièces seraient des nobles à la rose d’Angleterre. À cette condition donc, je commence une longue histoire, dont certaines parties auraient pu mieux inspirer le talent de ménestrels plus habiles, et parvenir ainsi à d’autres braves guerriers dans quelques centaines d’années.


CHAPITRE IV.

L’HISTOIRE.


Tandis que de joyeux lais et de joyeuses chansons égayaient la triste route, nous souhaitions que la triste route fût longue ; mais alors la triste route se repliait sur elle-même, et trompait les pas impatients des voyageurs : c’était un pays enchanté.
Johnson. .


« L’an de grâce 1285, dit le ménestrel, Alexandre III, roi d’Écosse, perdit sa fille Marguerite : l’unique enfant de cette princesse, appelée du même nom et connue aussi sous celui de Vierge de la Norwége, parce que son père était roi de ce dernier pays, acquit ainsi des droits à la couronne d’Écosse, comme elle en avait déjà au sceptre paternel. Ce fut une mort bien douloureuse pour Alexandre, qui se trouvait n’avoir plus que sa petite-fille pour héritière. Cette princesse aurait pu sans doute réclamer un jour son