Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/43

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souffrîmes un peu de la faim : je reconnais ici que nous n’hésitâmes point à nous approprier le peu de moutons et de bœufs que ces misérables Écossais laissaient autour de leurs fermes ; et je ne plaisante pas, sire ménestrel, en avouant que, nous autres gens de guerre, nous devons demander pardon au ciel avec un repentir tout particulier, en expiation des misères nombreuses que la nature de notre état nous force à nous infliger les uns aux autres. — Il me semble, répondit le ménestrel, que, lorsqu’on est tourmenté par sa propre conscience, on devrait parler avec plus d’indulgence des méfaits d’autrui : ce n’est pas d’ailleurs que j’ajoute entièrement foi à une prophétie qui fut délivrée, pour me servir de l’expression consacrée dans ce pays montagneux, au jeune lord Douglas par un homme qui, suivant le cours de la nature, aurait dû être mort depuis long-temps : cette prédiction lui promettait une longue suite de succès contre les armées anglaises, parce qu’il avait sacrifié son propre château de Douglas pour empêcher qu’on n’y plaçât une garnison. — Vous avez bien le temps de me conter cette histoire, dit sire Aymer, car, ce me semble, un pareil sujet conviendrait mieux à un chevalier et à un ménestrel que la grave conversation que nous avons tenue jusqu’à présent, et qui aurait été fort bien placée, Dieu me pardonne ! dans la bouche de deux moines en voyage. — Soit, répliqua le ménestrel ; la harpe et la viole peuvent aisément varier de mesure et changer d’air.


CHAPITRE V.

THOMAS-LE-RIMEUR.


C’est une triste histoire qui peut faire pleurer vos yeux, une horrible histoire qui peut vous faire crisper les nerfs, une merveilleuse histoire qui vous fera froncer les sourcils, qui fera frémir vos chairs, si vous la lisez comme il faut.
Vieille Comédie.


« Il faut que je vous le dise, gracieux sir Aymer de Valence, j’ai entendu conter cette histoire à une grande distance du pays où elle est arrivée, par un ménestrel juré, ancien ami et serviteur de la maison des Douglas, un des plus célèbres, dit-on, qui appartinrent jamais à cette noble famille. Ce ménestrel, qui se nommait Hugo Hugonnet, accompagnait son jeune maître, suivant sa coutume, lorsque James Douglas fit l’exploit dont nous parlions tout à l’heure.