Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/53

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comme la plaisanterie d’un vieillard et d’un brave soldat. En un mot, leur indulgence était d’autant plus grande que Greenleaf se montrait toujours disposé à faire le devoir de ses camarades et qu’il avait toute la confiance de sir John de Walton. Cet officier, quoique beaucoup plus jeune, avait été comme le vieux Gilbert élevé au milieu des guerres d’Édouard Ier : il était sévère à maintenir une discipline stricte ; et pourtant, depuis la mort de ce grand monarque, cette vertu militaire avait été considérablement négligée par la bouillante et valeureuse jeunesse de l’Angleterre.

Sir Aymer de Valence, en accueillant Bertram avec l’hospitalité qu’on montrait toujours aux gens de sa profession, n’avait fait qu’agir comme il convenait à son rang et en bon chevalier. Cependant une idée le frappa : ce voyageur, qui se disait ménestrel, pouvait en réalité ne pas exercer une profession dont il se donnait le titre. Il y avait incontestablement dans sa conversation quelque chose de plus grave, sinon de plus austère, que dans celle des autres bardes ; et quand Aymer réfléchit à la prudence minutieuse de sir John de Walton, il en vint à se demander si le gouverneur l’approuverait d’avoir introduit dans le château un individu tel que Bertram, qui pouvait examnier les défenses de la citadelle et occasioner ensuite pour la garnison beaucoup de fatigues et de dangers. Il regrettait donc en secret de n’avoir pas honnêtement donné à entendre au barde ambulant que son admission ou celle de tout autre étranger dans le Château Dangereux était impossible pour le moment et vu les circonstances de l’époque. En ce cas, il serait justifié par son devoir de militaire, et, au lieu de s’attirer le blâme et les reproches du gouverneur, il aurait peut-être mérité ses éloges et son approbation.

Outre ces pensées qui le tourmentaient, sir Aymer conçut la crainte tacite d’un refus de la part de son officier commandant ; car cet officier, malgré sa rigueur, il ne l’aimait pas moins qu’il ne le redoutait. Il se rendit donc au corps-de-garde du château, sous prétexte de voir si les règles de l’hospitalité avaient été convenablement observées à l’égard de son compagnon de route. Le ménestrel se leva respectueusement, et, à en juger d’après la manière dont il présenta ses respects à sir Aymer, il parut, sinon s’être attendu à cette marque de politesse de la part du sous-gouverneur, du moins n’en être nullement surpris. D’un autre côté, sir Aymer prit à l’égard de Bertram un air plus réservé, et revenant sur sa première invitation il alla jusqu’à dire que le ménestrel savait qu’il ne