Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/54

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commandait qu’en second, et que la permission réelle d’entrer dans le château devait être sanctionnée par sir John de Walton.

Il y a une manière honnête de paraître croire aux excuses quand on n’est point disposé à en contester la validité. Le ménestrel offrit donc ses remercîments à sir Aymer pour la politesse qu’on lui avait déjà témoignée. « Si je désirais loger dans ce château, dit-il, ce n’était qu’une simple envie, une curiosité passagère ; la permission m’en étant refusée, il ne m’en reviendra ni désagrément ni déplaisir. Thomas d’Erceldonne était, suivant les triades galloises, un des trois bardes de la Grande-Bretagne qui ne teignirent jamais une lance de sang, et qui ne furent jamais coupables d’avoir pris ou repris des châteaux et des forteresses ; il s’en faut donc de beaucoup qu’on doive le soupçonner, après sa mort, d’être capable d’accomplir de tels exploits. Mais il m’est aisé de concevoir que sir John de Walton ait laissé les droits ordinaires de l’hospitalité tomber en désuétude. J’avoue d’ailleurs qu’un homme de ma profession ne doit pas désirer prendre de la nourriture ni loger dans un château qui est réputé pour dangereux. Personne ne doit donc être surpris que le gouverneur ne permette pas même à son digne lieutenant de lever une défense si sévère. »

Ces mots prononcés très sèchement tendaient à blesser le jeune chevalier, en donnant à entendre qu’il n’était pas regardé comme suffisamment digne de confiance par sir John de Walton, avec qui pourtant il vivait sur le pied de l’affection et de la familiarité, quoique le gouverneur eût atteint sa trentième année et au delà, et que son lieutenant ne fût pas encore arrivé à la vingt-et-unième ; car, malgré les règles de la chevalerie, on lui avait accordé une dispense d’âge par suite des exploits qu’il avait accomplis dès sa jeunesse. Avant qu’il eût complètement calmé les mouvements de colère qui s’élevaient dans son esprit, le son d’un cor de chasse se fit entendre à la porte ; et, à en juger par le mouvement général qu’il opéra dans toute la garnison, il fut évident que le gouverneur était de retour au château. Chaque sentinelle, comme ranimée par sa présence, tenait sa pique plus droite, échangeait le mot d’ordre avec plus de précaution, et paraissait mieux comprendre et mieux remplir son devoir. Après avoir mis pied à terre, sir John de Walton demanda à Greenleaf ce qui était arrivé durant son absence. Le vieil archer se crut obligé à dire qu’un ménestrel, qui avait l’air d’un Écossais ou d’un habitant vagabond des frontières, avait été admis dans le château, tandis que son fils, malade de la contagion