Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/61

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sans doute vous en avez long-temps pesé le poids avant de nous faire une proposition de cette nature. — Je connais, à la vérité, mon propre devoir, » répliqua de Wallon offensé à son tour, « et je puis bien penser aussi au vôtre sans assumer néanmoins plus que ma part de responsabilité ; mais il me semble vraiment que le gouverneur de ce Château Dangereux, entre autres difficultés de sa position, est, comme disent les vieilles gens de ce pays, soumis à un charme, et à un charme qui le met dans l’impossibilité de diriger sa conduite de manière à procurer du plaisir à ceux qu’il désire le plus obliger. Il n’y a pas une semaine à peine, quels yeux eussent brillé plus que ceux de sir Aymer de Valence à la proposition d’une chasse générale où l’on aurait dû poursuivre une nouvelle espèce de gibier ? et maintenant quand on lui propose une partie de plaisir, que faut-il, uniquement, je pense, pour s’opposer à mon désir de lui être agréable !… un consentement froid tombe à demi formulé de ses lèvres, et il se dispose à venir courre ces animaux sauvages avec un air de gravité, comme s’il allait entreprendre un pèlerinage à la tombe d’un martyr. — Non pas, sir John, répondit le jeune chevalier. Dans notre situation présente, nous devons veiller conjointement sur plus d’un point, et quoique la plus grande confiance et la direction supérieure des opérations vous aient été sans nul doute accordées, comme au chevalier qui de nous deux est le plus âgé et le plus capable, néanmoins je sens encore que j’ai aussi ma part de sérieuse responsabilité : j’espère donc que vous écouterez avec indulgence mon avis et que vous en tiendrez compte, quand même il vous paraîtrait porter sur cette partie de notre charge commune qui est plus spécialement dans vos attributions. Le grade de chevalier que j’ai eu l’honneur de recevoir comme vous, l’accolade que le royal Plantagenet m’a donnée sur l’épaule, me mettent bien en droit, je pense, de réclamer une pareille faveur. — Je vous demande humblement pardon, répliqua le vieux chevalier ; j’oubliais l’important personnage que j’avais devant moi, un gentilhomme fait chevalier par le roi Édouard lui-même, qui sans doute avait quelque raison particulière pour lui conférer un si grand honneur dans un âge si peu avancé ; et je reconnais que je sors manifestement de mon devoir quand je viens proposer une chose qui peut ne paraître qu’un vain amusement à un individu qui élève si haut ses prétentions. — Sir John de Walton, repartit de Valence, nous en avons déjà trop dit sur ce sujet, restons en là. Tout ce que j’ai voulu dire, c’est que, préposé à la garde du châ-