Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/89

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que de violer la parole que j’ai jurée, ou de courir la chance d’accuser faussement des personnes innocentes. J’ignore jusqu’où l’art de la torture peut être poussé ; et quoique je ne vous craigne pas, sir John de Walton, je dois cependant reconnaître que je me crains moi-même, ne sachant pas à quels tourments votre cruauté peut me soumettre, ni jusqu’à quel point je puis être capable de les endurer : je proteste donc avant tout que je ne serai en aucune manière responsable des paroles qui pourront m’échapper dans le cours d’un interrogatoire aidé par la torture. Vous pouvez, maintenant que je vous ai prévenu, procéder à l’exécution d’un office que je ne m’attendais guère, permettez-moi de le dire, avoir ainsi remplir par un chevalier comme vous. — Écoutez, sire ménestrel, répliqua le gouverneur, nous ne sommes pas bons amis, vous et moi ; et si je faisais mon devoir, je devrais user tout de suite envers vous des moyens rigoureux dont je vous ai menacé. Mais peut-être vous sentez-vous moins de répugnance à subir l’interrogatoire dont il s’agit que je n’en sens, moi, à employer la rigueur à votre égard : je vais donc pour le moment vous faire enfermer dans un lieu de détention convenable à un homme qui est soupçonné d’être espion dans cette forteresse, jusqu’à ce qu’il vous plaise de dissiper ces soupçons : votre logement et votre nourriture seront ceux des prisonniers. Cependant, avant de vous soumettre à la question, songez-y bien, je me rendrai moi-même à l’abbaye de Sainte-Brigitte, et je verrai si le jeune homme que vous voudriez faire passer pour votre fils possède la même fermeté que vous. Il peut arriver que ses aveux comparés aux vôtres jettent une telle lumière sur vous et sur lui que votre innocence ou votre culpabilité en rejaillisse d’une manière évidente sans qu’il faille recourir au grand moyen de la question extraordinaire. S’il en est autrement, tremblez pour votre fils, sinon pour vous-même… Eh bien ! vous ai-je ébranlé, monsieur ? ou craignez-vous pour les jeunes muscles et les tendres chairs de votre enfant des douleurs auxquelles vous croyez, vous, pouvoir résister ? — Sir John, » répondit le ménestrel en réprimant l’émotion momentanée qu’il avait manifestée, « je vous laisse à juger, comme homme d’honneur et de vérité, si en conscience vous devez concevoir une opinion défavorable d’un homme parce qu’il préfère endurer lui-même des rigueurs qu’il ne voudrait point qu’on infligeât à son fils, jeune homme encore débile, et qui relève d’une dangereuse maladie. — Mon devoir, » répondit de Walton après une courte pause, « est d’employer tous les