Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/9

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fraient des pâturages pour les bestiaux de toute espèce. Comme les profondeurs de ces antiques forêts, qui n’avaient pas même été explorées jusqu’au fond, étaient rarement troublées, surtout depuis que les seigneurs du district avaient négligé la chasse, occupation constante des jours de paix, différentes sortes de gibier s’étaient considérablement multipliées. En traversant les parties les plus désertes de ce pays montagneux, on voyait parfois non seulement plusieurs variétés de daims, mais encore ces taureaux sauvages particuliers à l’Écosse, ainsi que d’autres animaux dont la présence indiquait l’état barbare et primitif de la contrée. On surprenait fréquemment le chat sauvage dans les noirs ravins ou dans les halliers marécageux, et le loup, déjà étranger aux districts plus populeux du Lothian, se maintenait dans cette contrée contre les empiétements de l’homme : il faisait encore la terreur des peuples qui, plus tard, ont fini par l’expulser complètement de leur île. Dans l’hiver surtout (et l’hiver était à peine écoulé), ces sauvages animaux, poussés par le manque de nourriture, et devenus d’une extrême hardiesse, fréquentaient par bandes nombreuses les champs de bataille, les cimetières abandonnés, quelquefois même les habitations humaines, pour y guetter des enfants sans défense, et ils montraient dans ces expéditions autant de familiarité qu’en laisse voir aujourd’hui le renard, quand il s’aventure à rôder autour du poulailler de la fermière[1].

D’après ce que nous avons dit, nos lecteurs, s’ils ont fait leur tour d’Écosse (et qui ne l’a point fait aujourd’hui ?), pourront se former une idée assez exacte de l’état sauvage où se trouvait encore la partie supérieure de la vallée de Douglas pendant les premières années du xive siècle. Le soleil couchant jetait ses rayons dorés sur un pays marécageux qui allait en montant vers l’ouest, borné par les montagnes que l’on nommait le grand et le petit Cairntable. La première était, pour ainsi dire, la mère de toutes les collines du voisinage, source de plus de cent rivières, et sans contredit la plus élevée de toute la chaîne. Elle conservait encore sur sa sombre crête et dans les ravins dont ses flancs étaient sillonnés, des restes considérables de ces antiques forêts dont toutes les éminences de cette contrée étaient jadis couvertes. Cela pouvait se dire surtout des collines sur lesquelles les rivières, tant celles qui coulent vers l’est que celles qui s’en vont à l’ouest se décharger

  1. Mistriss, dit le texte, la maîtresse ou la bonne dame, comme on appelle en Écosse la femme d’un fermier. a. m.