Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/10

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Ce récit était enfermé dans la lettre suivante, adressée à l’auteur, sans date ni signature :

« Monsieur, l’aventure dont voici la relation m’est arrivée il y a vingt-six ans. Hélène Walker est enterrée dans le cimetière d’Irongray, à six milles environ de Dumfries. J’avais formé le projet d’élever sur sa tombe un petit monument pour rappeler le souvenir d’un si noble caractère ; mais je préfère vous laisser le soin d’en perpétuer la mémoire d’une façon plus durable. »

Le lecteur peut maintenant juger si l’auteur a embelli ou altéré l’intéressant et touchant mélange de la plus haute vertu et de l’affection la plus tendre que déploya Hélène Walker, le modèle de la Jeanie Deans du roman. Mistress Goldie malheureusement était morte avant que l’auteur eût mis son nom en tête de ces volumes ; ainsi il n’eut pas l’occasion d’adresser à cette dame ses remercîments pour sa précieuse communication. Mais sa fille, miss Goldie, voulut bien ajouter aux bons offices de sa mère, en envoyant à l’auteur les informations suivantes :

« Mistress Goldie fit son possible pour recueillir d’autres renseignements sur Hélène Walker, particulièrement sur son voyage à Londres : mais elle ne put rien découvrir. L’élévation naturelle du caractère de cette fille, un profond respect pour l’honneur de sa famille, lui faisaient considérer l’infortune de sa sœur comme inséparablement unie au souvenir de son propre dévouement ; si bien qu’aucun de ses voisins n’osait jamais la questionner sur ce sujet. Une vieille femme, parente éloignée d’Hélène, qui vit encore, a dit qu’elle avait travaillé avec elle pendant une moisson, mais qu’elle ne se hasarda jamais à lui parler du procès de sa sœur, ou de son voyage à Londres. Hélène, ajoutait-elle, était fière, et le prenait bien vite sur un ton fort élevé. Cette même vieille femme a dit que chaque année Hélène recevait une galette de sa sœur qui demeurait à Whitehaven, et qu’elle ne manquait jamais d’en envoyer une bonne part à elle-même, ou à la famille de son père. Ce fait, tout simple qu’il est, montre suffisamment quelle affection subsista toujours entre les deux sœurs, et que la plus jeune était convaincue que son aînée n’avait agi que par des principes de la plus pure vertu. C’est ce qu’une autre petite anecdote très-significative montrera mieux encore. Un parent de mistress Goldie, qui voyageait dans le nord de l’Angleterre, s’étant arrêté dans une petite auberge, fut conduit dans le parloir par une servante qui, après avoir soigneusement fermé la porte, lui