Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/127

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sonne, et répondit aux railleries par des sarcasmes, à toutes les questions par des dénégations positives ou par des torrents de pleurs.

Enfin quand mistress Saddletree, ayant recouvré la santé, allait reprendre sa surveillance ordinaire sur sa maison, Effie Deans, comme pour échapper à un examen de la part de sa maîtresse, demanda à Bartholin la permission d’aller passer une ou deux semaines chez elle, donnant pour motif une indisposition et le désir d’essayer du repos et du changement d’air. Saddletree, qui se croyait des yeux de lynx pour la discussion des lois les plus subtiles et les plus embrouillées, était aussi incapable de rien deviner dans les affaires ordinaires de la vie qu’un professeur de mathématiques hollandais ; il laissa Effie partir, sans concevoir le moindre soupçon, sans lui faire la moindre question.

On découvrit par la suite qu’elle ne se rendit à Saint-Léonard qu’une semaine après avoir quitté la maison de son maître. Quand elle y arriva, sa sœur crut voir un spectre, plutôt que cette joyeuse et jolie fille qui avait quitté pour la première fois la maison paternelle, il y avait dix-sept mois. Dans les derniers temps, la maladie de mistress Saddletree avait fourni à Effie un prétexte suffisant pour se donner tout entière aux affaires de la boutique dans Lawnmarket, et ne pas aller à Saint-Léonard ; et, de son côté, Jeanie avait été tellement occupée par les soins domestiques, qu’elle n’avait guère eu le temps d’aller voir sa sœur à Édimbourg. Les deux sœurs s’étaient donc vues à peine pendant les derniers mois, et aucun bruit n’était arrivé aux oreilles des habitants de la chaumière isolée de Saint-Léonard. Aussi Jeanie, effrayée de l’état de sa sœur, l’accabla aussitôt de questions, auxquels la malheureuse jeune fille ne fit que des réponses incohérentes et vagues ; enfin elle se trouva mal. Jeanie, trop sûre du malheur de sa sœur, était alors dans la terrible alternative d’apprendre à son père le déshonneur d’Effie, ou de chercher à le lui cacher. À toutes les questions sur le nom, le rang de son séducteur, et le sort de l’enfant à qui elle avait donné le jour, Effie resta muette comme la tombe vers laquelle elle paraissait descendre rapidement. La moindre allusion à l’un ou à l’autre de ces points la jetait dans un transport de désespoir. Jeanie désolée fut sur le point d’aller trouver mistress Saddleteree pour prendre conseil de son expérience, et obtenir, s’il était possible, quelques lumières sur cette malheureuse affaire, quand cette