Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/148

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la tête, j’aimerais mieux que vous m’enfonçassiez une épée dans le cœur, que d’en entendre un mot de plus ! — Comme vous voudrez, voisin, dit Saddletree ; je croyais que vous auriez été bien aise de connaître cette affaire à fond ; mais le plus important, c’est de décider ce qu’il faut faire. — Rien, répondit Deans avec fermeté, si ce n’est d’attendre ce que le Seigneur jugera à propos de nous envoyer. Ah ! pourquoi n’a-t-il pas retiré du monde ma tête blanchie avant la terrible tribulation qui m’arrive ? mais que sa volonté soit faite ! Je puis le dire encore, mais je n’en pourrais dire plus. — Mais, voisin, vous prendrez un avocat pour défendre la pauvre enfant ? Il faut absolument s’en occuper. — S’il y avait quelqu’un parmi eux qui eût conservé sa foi intacte… Mais tous sont des hommes charnels et mondains, des érastiens, des arméniens. — Ah ! voisin, il ne faut pas prendre à la lettre ce qu’on dit dans le monde : le diable n’est pas aussi noir qu’on le dit ; et je connais plus d’un avocat qui a de la probité aussi bien que qui que ce soit, c’est-à-dire à sa manière. — En effet, c’est une probité d’une singulière espèce que celle qu’on trouve en eux, répliqua Davie Deans, une sagesse mondaine, une instruction charnelle… Des gens qui brillent à la surface, et ne sont propres qu’à éblouir les yeux, avec leurs subtilités et leurs périodes d’éloquence tirées des empereurs païens et des décrets des papes. Ils ne peuvent même, comme je l’ai entendu dans tout ce fatras que vous m’avez lu, appeler par des noms chrétiens ceux qui sont assez malheureux pour tomber dans leurs mains ; il faut qu’ils les baptisent du nom de ce maudit Titus par qui fut brûlé le saint temple, et de tant d’autres noms païens. — J’ai dit Titius, et non Titus, reprit Saddletree : M. Crossmyloof ne songe pas plus que vous à Titus et à la langue latine… Mais c’est une nécessité : il faut que vous ayez un avocat… Je pourrais parler à M. Crossmyloof ; c’est un bon presbytérien, et l’un des anciens. — C’est un érastien, un de ces politiques mondains qui ont empêché le triomphe général de la bonne cause. — Que dites-vous du vieux laird de Cuffabout ? il arrange à merveille un procès. — Qui ? ce parjure ! Il était un de ces bandouliers qui auraient rejoint les perfides montagnards en 1715, s’ils avaient pu passer le Firth[1]. — Soit. Mais Arniston ? c’est bien votre affaire, » dit Bartholin d’un air de triomphe.

« Oui, un homme qui a dans sa bibliothèque des médailles des

  1. Golfe d’Édimbourg. a. m.