Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/207

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sexe[1]) ; « il suffit d’une femme pour faire avorter le plus adroit complot qui se puisse jamais combiner. Comment ai-je été assez sot pour croire que je pourrais réussir dans une entreprise où il s’en trouvait deux ! Mais nous saurons où les retrouver si nous en avons besoin : c’est toujours quelque chose. »

Aussi sombre et aussi déconcerté qu’un général qui vient d’être battu, il rallia sa troupe dispersée, la ramena à la ville, et la congédia jusqu’au lendemain.

Le lendemain matin de bonne heure, il fut obligé d’aller faire son rapport au magistrat qui siégeait ce jour-là. Celui qui était alors de fonctions (car les baillis, ou ce que les Anglais appellent aldermen, les remplissent chacun à leur tour) était le même qui avait interrogé Butler. C’était un homme très-respecté de ses concitoyens ; il se distinguait par quelque originalité dans le caractère, et n’avait pas reçu une éducation très-soignée ; mais il avait de la pénétration, de la persévérance et de la droiture, possédait une fortune indépendante qu’il avait acquise par une honnête industrie ; enfin il réunissait toutes les qualités propres à soutenir convenablement la dignité de la charge qu’il remplissait.

M. Middleburg venait de prendre place, et discutait avec un de ses confrères, et d’une manière très-animée, les diverses chances d’une partie de paume qu’ils avaient jouée la veille, quand une lettre lui fut remise. Elle était ainsi adressée : Pour être remise, le plus tôt possible, au bailli Middleburg. Elle contenait ces mots :

« Monsieur,

« Je sais que vous êtes un magistrat sensé et prudent, et que vous ne vous refuseriez pas à servir Dieu, fut-ce par l’ordre du diable lui-même. C’est pourquoi j’ai la confiance que, malgré la

  1. Le journal de Graves, officier de police envoyé en Hollande pour obtenir du gouvernement qu’on livrât à l’Angleterre le malheureux William Brodie, contient une réflexion sur les femmes, qui ressemble un peu à celle que l’on met ici dans la bouche de Sharpitlaw. On avait eu de la peine à reconnaître l’identité du malheureux criminel ; et au moment où un Écossais de distinction semblait disposé à donner son témoignage sur ce point, son gendre, ministre à Amsterdam, et sa fille furent fortement soupçonnés d’avoir cherché à détourner le témoin de faire cette déclaration. Le journal de l’officier de police rapporte ainsi cette circonstance :

    « Je vis une répugnance manifeste dans M. M***, et je ne doutai point que le ministre et sa fille n’eussent cherché à lui persuader de ne pas se mêler davantage de cette affaire ; mais je jugeai qu’il ne pouvait pas reculer, d’après ce qu’il avait dit à M. Riel. « Nota bene. — Il ne se commet pas de mal dans le monde qu’une femme ou un prêtre n’y soit mêlé ; ici ils y sont tous les deux. »